« I’m in Germany ! »

im in germany

Ali a 12 ans. Il a déjà traversé une dizaine de pays et connu plus de galères que n’en connaitra jamais un voyageur européen. Ces pays, il les a traversés « illégalement », sans tampon sur son passeport à montrer fièrement à son entourage.

Ali est pakistanais, il voyage accompagné de son oncle, de sa tante, de son frère et de sa sœur. Son père a quitté le Pakistan il y a plus de deux ans. Deux ans durant lesquels ses enfants ne l’ont pas vu. C’est pour cette raison qu’Ali est aussi impatient d’arriver en Allemagne. Les longues journées qu’il passe dans le camp d’Eleonas sont des temps morts. Ali vit dans l’attente permanente de pouvoir continuer son voyage.

Son école et sa vie au Pakistan lui manquent. Après plus d’un mois d’attente dans ce camp, Ali et sa famille sont « sélectionnés » pour être placés à « l’hôtel ». Nous devons dire au revoir à ce jeune garçon brillant, faisant preuve d’une volonté et d’un enthousiasme à toute épreuve, toujours disposé à participer aux activités que nous proposons.

Nous apprenons plus tard que ce n’est absolument pas dans un hôtel qu’Ali et sa famille ont été envoyés mais dans un autre camp de réfugiés. « Pas vraiment un hôtel, plutôt un centre de loisirs. Un peu loin, mais c’est mieux qu’ici », nous explique un responsable du camp d’Eleonas. Mais dans ce nouvel endroit comme dans le camp d’Eleonas, le problème est toujours le même : Ali ne pense qu’à rejoindre son père et ne peut se construire un avenir. Loin de l’école depuis des mois, sans maison où il pourrait vraiment s’installer, Ali perd un temps précieux à un moment crucial de sa vie.

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Au sein de l’Ideas Box déployée dans le camp d’Eleonas en Grèce, Ali apprend quelques phrases de français

Deux semaines plus tard, un numéro inconnu à l’indicatif allemand s’affiche sur l’écran de mon téléphone portable. C’est Ali. « I’m in Germany ! » s’exclame-t-il, heureux. J’apprends ainsi qu’Ali a pu retrouver son père en Allemagne, après deux ans de séparation. Se jouant des frontières humaines, Ali et sa famille sont à nouveau réunis.

« I’m in Germany ! » : combien de personnes rêvent-elles de crier cette phrase tant leur parcours est long et semé d’obstacles ? Je crois que, moi aussi, à ma prochaine correspondance à Francfort, je crierais : « I’m in Germany ! » avec une pensée pour Ali mais aussi pour tous ceux bloqués dans des situations de transit, rêvant d’atteindre leur pays de prédilection.


Cet article est le quatrième billet apparu sur le blog "Parcours de réfugiés" en partenariat avec le journal Libération.